Rencontre…

Rencontre avec Yola, une Grecque à Montpellier

« L’avenir de la Grèce se jouait dans cette élection (législative du 25 janvier dernier, ndlr). C’était un vote patriotique ». Yola, une soixantaine d’années, revient tout juste d’Athènes. Française par son mariage, grecque de naissance, elle retourne « au pays » à chaque élection. Cette fois-ci, c’était encore plus important : « La Grèce doit bouger ».

Il est un peu plus de 10h du matin. Yola nous reçoit chez elle. Un joli pavillon à quelques centaines de mètres de la mer, à Carnon. Cuisine ouverte sur le séjour, de grandes fenêtres qui laissent entrer la lumière, un confortable canapé rouge trône dans le salon… Elle offre le café en déroulant le fil de sa vie, l’occasion de revenir sur les dernières législatives en Grèce.

Yola n’avait que 19 ans quand elle s’est mariée à un Français, rencontré à Montpellier. Elle y faisait des études d’histoire de l’art. Lui, breton. Elle, grecque. « Les mers de Grèce et de Bretagne se sont réunies », raconte-t-elle dans un sourire. Le couple a jeté l’ancre à Carnon. Le climat, l’arrière-pays, le thym et la lavande, le soleil et la mer lui rappellent la Grèce.

Vote de raison

Elle se crispe quand elle évoque son dernier voyage à Athènes, sa ville natale. « Un tiers des Grecs vivent dans la pauvreté, un tiers n’a plus accès aux soins médicaux, un quart est au chômage… Cela ne peut plus durer. » A-t-elle voté Syriza ? Yola esquive la question. Elle a voté, c’est l’essentiel. Le parti de la gauche radicale a largement remporté les élections et cristallise autant les peurs que les espoirs. Beaucoup de Grecs ont donné leur voix à Syriza « par raison plus que par idéologie ».

Elle reconnait qu’Alexis Tsipras, le charismatique leader de Syriza, ne manque pas d’atouts. « Il veut se battre et il s’est entouré d’une bonne équipe, se rassure Yola. Le ministre des finances, Yanis Varoufakis, est d’ailleurs un économiste reconnu. » Formé en Grande-Bretagne, enseignant à Cambridge, en Australie et aux États-Unis, Yanis Varoufakis hérite de l’un des plus gros défis du nouveau gouvernement : renégocier la dette avec les créanciers de la Grèce.

Le sursaut du peuple a eu lieu dans les urnes. Les hommes politiques doivent désormais prendre la relève pour arrêter l’hémorragie. Selon Yola, 200 000 Grecs ont quitté leur pays depuis le début de la crise économique il y a plus de six ans.

Donner une chance à Tsipras

Le téléphone sonne, Yola répond immédiatement en grec. « C’était le président de l’association Euro Grèce France », qui rassemble la diaspora grecque de Montpellier. Française depuis cinquante ans, Yola reste Grecque « à 200 % ». Elle chante dans un groupe spécialisé dans le Rebetika, un genre « populaire, proche des gens, l’âme de la Grèce ». Elle suit de très près les évènements et l’évolution de la crise en Grèce. Quand de jeunes expatriés lui demandent de l’aide, elle leur tend la main sans hésiter.

« C’est traumatisant, pour les Grecs de l’étranger, d’assister au désastre de notre pays, s’émeut-elle. Nous sommes préservés, nous avons un niveau de vie correct. Ce n’est plus le cas de nos amis et de nos familles qui vivent encore là-bas. » Alors comment renouer avec la prospérité d’antan ? « Seul l’avenir nous le dira, répond Yola. Il faut donner sa chance à Tsipras. »

Yola termine son café en ouvrant l’album photo de son mariage. Robe rose pâle, juste au-dessous du genou. « Une révolution, pour l’époque, confie-t-elle. Ma famille était scandalisée. » Il est presque midi. Nous la quittons juste avant l’arrivée de ses petits-enfants, Dimitri et Hermione, « des prénoms grecs, bien sûr ».

FANY BOUCAUD & LISA MELIA